Au plaisir de vous revoir en 2011...
Ariane et Frédérick

Auteur et musicien, Frédérick Durand a une prédilection pour le fantastique, le surréalisme, l'onirisme, le psychédélisme...
En ce mois de décembre, quoi de mieux pour nous réchauffer que le soleil du Mexique ?
Le scénario nous présente un savant (fou naturellement), qui souhaite conquérir le monde (comme beaucoup de savants fous, d'ailleurs !). Son plan : s’emparer de lutteurs, les lobotomiser afin de pouvoir les dominer complètement et, avec cette armée, commencer son plan de domination !
Si vous avez envie d'un plat plus relevé, que dire de Night of the Bloody Apes (Le titre original, La horripilante bestia humana se traduirait savoureusement en français par : L'horrible bête humaine) ? Ici aussi, on retrouve les éléments essentiels du film mexicain «commercial», à savoir : lutteurs (lutteuses, dans le cas présent), aspect pulp tout droit sorti d’un feuilleton, mélo, coups de théâtre invraisemblables et une bonne dose d’absurdité et d’humour involontaire.
Ce titre fut réalisé par René Cardona, figure emblématique de la série B mexicaine, réalisateur protéiforme dont le fils a continué d’assumer la bizarre succession, à l’instar de Lamberto Bava. Cardona réutilise souvent les mêmes motifs et les mêmes thèmes. Night of the Bloody Apes, par exemple, constitue le re-make mis à jour à la saveur 70s (lire : plus délibérément audacieux dans la représentation de la violence et de l'érotisme) de son Doctor of Doom de 1962 – un meilleur film, à mon avis, d’ailleurs - lui aussi doté d'un titre original assez inoubliable : Las Luchadoras contra el médico asesino (Les lutteuses contre le médecin meurtrier).
En cette année 1971, il fallait satisfaire un public devenu de plus en plus blasé, en quête de sensations fortes. Cardona s’efforce de remplir son mandat à l’aide de stock-shots d’une opération chirurgicale peu finement amenés (plan : un homme tient le visage de l’opéré et un autre s’agite vers le cœur ; contre-plan : quatre mains de vrais médecins sont au travail), de crimes commis par le « singe sanglant » du titre, d’effets gore aussi primaires qu’agressants et de femmes qui sortent de la douche (le réalisateur en utilise si souvent que ce motif, a priori conventionnel, finit par étonner).




Comme souvent, quand vient le moment d'aborder un sujet torrentiel, il est difficile de structurer et de canaliser ses idées, surtout dans le cadre d'une modeste entrée de blogue, qui se veut conviviale et à la bonne franquette, loin d'une étude universitaire du sujet.
Les titres de ces romans me faisaient souvent sourire par leur outrance à refuser la "respectabilité littéraire". On retrouve entre autres ces noms baroques et rébarbatifs typiques du genre "fantasy". Des exemples :
Pour me faire une idée, j'ai lu le premier volume, La Hache de bronze. On y fait la connaissance de Richard Blade, agent secret qui a toutes les qualités. La première page du livre profite de cette mise en situation pour nous présenter des pronostics sur le futur : Dans le London Times, "Blade lut qu'en l'an 2000, des animaux intelligents seraient sans doute utilisés pour certains travaux pénibles [...]. Un gorille contremaître dirigeant des équipes de chiens, de mulets et de chevaux ? Avec un chimpanzé à la comptabilité ?" Le supérieur hiérarchique de notre héros l'envoie visiter un scientifique bossu ("le plus grand savant de Grande-Bretagne") dans un labo souterrain (!) presque entièrement occupé par un ordinateur géant (le livre fut écrit en 1969). Pour la gloire de l'Angleterre, Blade accepte de se livrer à une expérience scientifique : on le branche littéralement à un ordinateur qui l'envoie dans un monde inconnu, qui existe autour de nous sans qu'on puisse le voir ("L'ordinateur a brouillé ses cellules cervicales de manière à lui permettre de voir, et d'exister, dans une dimension que nous ne pouvons ni voir ni comprendre, alors qu'elle est peut-être même autour de nous en ce moment même. Nous la traversons peut-être, en ignorant son existence. Pour parler plus simplement, ce n'est rien de plus que ce sifflet à chiens, que le chien entend mais que vous n'entendez pas. Le son est pourtant là !"). Et voilà, le tour est joué !
Chaque aventure de Blade l'enverra dans une dimension différente, ce qui lui permettra d'évoluer dans des univers plus traditionnels ou plus éclatés. Bien sûr, ce premier tome de la série ne permet guère de juger de l'ensemble (forcément, les débuts sont toujours plus sages), mais déjà, la lecture ne manquait pas d'un certain piquant, rehaussé par un humour involontaire et par un aspect anarchique appréciable. Propulsé dans une dimension typiquement "fantasy", Blade rencontre un geôlier laid ("Un gaillard impudent aux cheveux clairsemés qui louchait atrocement et qu'un bec-de-lièvre défigurait") qui deviendra son allié, aux côtés d'une princesse revêche ("Elle planta ses poings sur ses hanches et le considéra d'un air exaspéré") et d'un homme d'armée homosexuel (qui passe son temps à dire à Blade : "J'ai de l'amitié pour toi") ! Ce quatuor "de choc" connaîtra des aventures plus ou moins débridées, au cours desquelles notre Blade titulaire devra entre autres combattre plusieurs ours dans une arène, faire connaître le plaisir à une reine vieillissante affublée d'une perruque qui ne tient pas en place (au terme de leur étreinte, Blade la laisse endormie, alors que "la perruque était tombée par terre et [qu']à la lumière vacillante de la chandelle, elle n'était plus qu'une vieillarde chauve à la figure peinte"), affronter un géant dans un cercle de flammes, sous les insultes d'une populace déchaînée, se libérer de l'emprise d'une sorcière qui tente de l'hypnotiser, etc. Un sacré programme, loin, très loin de l'autofiction... Au terme de ma lecture, une question troublante subsiste. Selon l'adage, "dis-moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es". Que dois-je comprendre ?
Par ailleurs, en terminant, si vous voulez lire un texte assez amusant d'un collègue blogueur, allez visiter cette page du blogue du Docteur Pascal, où il nous confie pourquoi il ne sort plus guère au cinéma ces jours-ci. Difficile de lui donner tort, tant l'expérience qu'il décrit s'apparente hélas à un rituel obligé !