01 décembre 2009

Il parcourt désormais un autre chemin...

C'est avec une émotion certaine que j'ai appris récemment le décès de l'acteur/réalisateur/scénariste Paul Naschy (alias Jacinto Molina)... Il y a tant à dire et si peu de mots pour l'exprimer... ou trop, pour le cadre restreint d'un blogue ! Naschy, c'était (temps de verbe douloureux...) une véritable légende, c'était tout ce qu'on aime, la poésie de l'insolite, le délire, l'inventivité, le fantastique, la générosité, le foisonnement, la promesse d'un ailleurs délicieux et troublant... Contre vents et marées, il a défendu et illustré cette "belle bête" surréalisante et folle qu'est le fantastique racé pendant plus de 40 ans, dans un contexte socio-économique souvent difficile. Beaucoup de ses films étaient magnifiques, déroutants, imprévisibles, dotés, de surcroît, de versions françaises élégantes et littéraires. 

Il faut saluer la vision et la ténacité de l'homme et son imaginaire démesuré, hors du monde...  Il n'a pas hésité à aller jusqu'au Japon pour financer ses films des années 80 à une époque où le cinéma européen "de genre" s'exportait difficilement, proposant des oeuvres aussi hybrides que passionnantes...  Je lui dois des émois cinématographiques inoubliables...  J'ai au moins deux consolations (et une troisième, encore plus significative) :

1) Je n'ai pas vu tous ses films, et il y en a beaucoup.  Il continuera donc à vivre par-delà l'espace et le temps.

2) J'ai eu l'occasion de le rencontrer au festival Fantasia, voilà quelques années, et de lui dire en personne à quel point j'estimais son travail, sa vision et sa ténacité.  Il venait y présenter le film Rojo Sangre qu'il avait scénarisé... son testament spirituel, foisonnant, insolent, fort...   Je n'avais rien à lui faire signer, contrairement aux autres personnes qui sollicitaient un autographe, cela m'importait peu... Je voulais juste le féliciter et lui dire de continuer.

Naschy faisait du cinéma fantastique pour connaisseurs, il épargnait à ses fans les éternelles mises en situations propres à un cinéma fantastique plus balisé "grand public".  Dès son premier film, il s'adressait à un public cultivé, au fait des mythologies du fantastique et opposait différents mythes du genre, se posant, d'une certaine matière, en post-moderne avant la lettre, et rejoignant l'une de mes préoccupations : le métissage entre le cinéma d'avant-garde (formaliste, soucieux d'une mise en images et d'une esthétique soignée et originale) et le cinéma "populaire" (par ses thématiques, sa façon de heurter le politiquement correct, aussi).  Sa manière de travailler par accumulation avait quelque chose d'incroyablement stimulant et créatif, l'homme adorait se grimer et incarner des personnages multiples dans le même film...  

Un exemple parmi tant d'autres : El Aullido del diablo (1987) où il incarne (attention : liste incomplète !) Fu Manchu, le diable, le monstre de Frankenstein, Mr Hyde, le fantôme de l'opéra, Quasimodo, un loup-garou, et j'en passe ! La sensation de stimulation était d'autant plus forte qu'il ajoutait l'acteur Suisse et lunaire Howard Vernon à son film...  Naschy m'accompagne depuis plus de 15 ans...  Et il continuera à le faire au-delà de son décès.

Constat : depuis plusieurs années, je vois disparaître avec une tristesse réelle les représentants d'un monde qui sombre, littéralement... Et, non sans appréhension, je songe à ceux qui restent et qui sont voués à passer de l'autre côté du miroir...  Ma dernière consolation (mais elle est de taille !) est de songer que je partagerai ces visions et ces impressions avec mon indispensable complice onirique.

...

Sur une note plus légère, je remercie l'ami Jonathan Reynolds pour ses bons mots au sujet de mon blogue. Il semble que j'aie été "taggué" par le fait même et que je doive révéler quelques faits à mon sujet. J'accepte d'être bon joueur et de révéler quelques vérités énigmatiques...

1-Quelques manuscrits inédits sont en circulation en ce moment, notamment La Maison au fond de l'impasse (le titre désigne la maison éclatée et hantée dans laquelle j'habite) et Après ton nom, l'automne.  Les projets ne manquent pas non plus...  Le seul manque est de nature... temporelle !

2-J'ai écrit jadis un roman (inédit) pour la collection française Contraintes de l'éditeur de pulps Média 1000, encouragé par un ami européen (sommité du cinéma de genre, journaliste et réalisateur de documentaires "choc") qui y publia quelques ouvrages sous différents pseudonymes.  Le directeur de collection, Robert Mérodack, mourut peu après avoir lu mon manuscrit !

3-Je serais bien en peine d'expliquer d'où me vient mon goût pour l'étrange et l'inusité.  Je sais seulement qu'il a toujours été là et que je n'ai jamais eu l'impression de pratiquer "le genre" en dilettante.  Au contraire, ces motifs m'habitent et me poursuivent... pour moi, ils sont réels !

4-J'ai une admiration curieuse pour Gomez Addams (l'homme de la famille du même nom), appréciant son élégance, sa luminosité et son extravagance, mais également la dévotion qu'il voue à son épouse cryptique, Morticia.  

5-Je pense parfois à ce titre de chanson de Brian Wilson, I just wasn't made for these times en me disant que... c'est sans doute vrai.

6-J'ai une fascination inavouable (mais avouée !) pour les bandes dessinées éditées par l'éditeur italien ELVIPRESS et traduites et français par la défunte société ELVIFRANCE.  Plusieurs images tirées de ces livres démentiels illustrent ce blogue.  Mon camarade Patrick et moi traquons les publications de cet éditeur dans les bouquinistes, mais la source semble s'être tarie, hélas ! Ces récits faisaient preuve d'une inventivité difficile à battre, oscillant entre le génie et l'absurde ! Il y aurait là un matériau en or pour tout psychanalyste et un sujet de thèse à faire ! Dans le numéro 1 de la revue Cultures, Christophe Bier décrit quelques-uns des livres les plus inusités de cet éditeur, notamment le récit d'une "paysanne transformée en marguerite vivante et butinée par un nain déguisé en abeille bourdonnante".  Bier commente aussi la série Lucifera, cette femme "envoyée par Satan pour empêcher Faust de travailler sur son philtre du Bien [et] dotée d'un pouvoir incandescent carbonisant ses partenaires" ! 

7-Les photos de mon félin jaune qui ornementent ce blogue supposent toujours beaucoup de patience.  Pour une photo réussie, combien d'essais ratés ! Des preuves ? 

Tout à coup, moment de grâce inattendu :

4 commentaires:

Mario a dit...

R.I.P Paul Naschy, toujours triste de voir partir les icones. Et je seconde pour la famille Addams, là ou il y a plus d'amour et de dévotion que dans toute l'histoire de la télé américaine, quelle ironie !

Patrick a dit...

Beau texte sur le grand Naschy. Je viens finalement de mettre le mien en ligne.... Eh ben.....

Pour les Elvifrance, je n'ai qu'un mot à dire et c'est........ Piripik !

Ève-Marie a dit...

Ce que tu as écris sur Naschy lui rend un très bel hommage. Déjà, il revit grâce à tes propos. Je ne serais pas étonnée que tu aies donné envie à plusieurs de (re)visionner un de ses films. Sur une note plus légère, même tes photos dites «ratées» sont belles. Continue!

Frédérick a dit...

Merci à vous tous pour ces commentaires. Mon texte se voulait une modeste contribution, un peu "impressionniste", sans doute, mais sincère... Content de voir que vous l'avez appréciée !