18 juillet 2007

JE CHANTE À CHEVAL AVEC WILLIE LAMOTHE


Vous aurez compris mon affection pour le cinéma étrange, décalé, inhabituel.

Pour moi, ce cinéma prend une saveur particulière quand il est d'origine québécoise. Le grand livre sur le cinéma de série B québécois demeure à écrire : polars teigneux (GINA) ou ruraux (LE GRAND ROCK), fantastiques étranges (LE DIABLE EST PARMI NOUS), comédies débiles (Y A TOUJOURS MOYEN DE MOYENNER) ou "sexy" (LES CHATS BOTTÉS), même le western québécois existe (MUSTANG). Cet univers country/western est d'ailleurs très présent dans une certaine société québécoise. Ce qu'il y a de fascinant là-dedans, c'est que ce monde est à la fois en marge ET très populaire. Soutenu par quelques rares médias seulement (Par exemple, CJMS 1040, qui diffuse encore en mono, bande AM oblige !), le genre n'en est pas moins vigoureux, en témoignent les ventes incessantes de CD country en français ou en anglais, le festival western de St-Tite (événement annuel psychotronique et délirant), etc.


La compagnie de disques québécois MÉRITE (www.disquesmerite.com) a d'ailleurs réédité l'an dernier un grand nombre de CD de country québécois. J'aurai sans doute l'occasion de dire plus longuement, dans un avenir à déterminer, tout le bien que je pense de cette compagnie dont le travail de présentation et de remastérisation est extraordinaire.


Aujourd'hui, en fait, je voulais vous parler d'un film québécois dont le titre titre, déjà, est un programme à lui seul : JE CHANTE À CHEVAL AVEC WILLIE LAMOTHE.


Pendant 53 minutes, ce documentaire québécois produit par l'ONF suit les traces du " cowboy canadien-français ", Willie Lamothe, accompagné du (bon) guitariste Bobby Hachey. Des scènes de concerts divers sont entrecoupées d'entrevues de Lamothe et de collaborateurs. Pas piqué des vers, ce documentaire est fort amusant...

On y découvre bien entendu des moments pris sur le vif pendant le Festival western de St-Tite, qui en était alors à ses débuts (1971). Lamothe s'impose comme un luron de type plutôt joyeux, peu avare en anecdotes en tous genres. Populiste dans son approche, il refuse le star-system, préférant plutôt être près des gens.

À cet égard, la scène anthologique d'une mémé racontant comment elle est impressionnée de voir "en vrai" des vedettes de la télé est assez précieuse. La dame en question nous raconte candidement avoir vu des vedettes "au magasin". Pour ne pas les incommoder, elle se cache entre deux rayons, et ainsi, elle peut longuement les observer !

D'autres scènes sont tirées de l'émission de télé LE RANCH À WILLY, avec le comique québécois "le Père Gédéon", doté d'un accent du terroir caricatural, qui n'hésite pas à sermonner Willy : "Tu t'es fait fourrer en achetant c'te vache-là" !

Willy et les animaux, alors ? Il a mis du temps à s'acheter un cheval, mais on lui disait qu'un chanteur de "musique western canadienne" ne pouvait pas vivre sans le fidèle compagnon du cow-boy. Lamothe finit par obtempérer, mais son cheval est moins docile qu'on ne le croirait.

JE CHANTE À CHEVAL AVEC WILLIE LAMOTHE propose aussi des images du groupe du fils de Willie : OFFENBACH. C'est l'occasion de découvrir un Gerry Boulet jeune et moustachu, qui chante en anglais tout en plaquant deux accords rock and roll sur son orgue. Le cow-boy canadien reconnaît être un peu désorienté face à cette musique, mais il encourage son fils dans sa passion. Après le hockey et le golf, pourquoi pas le rock québécois viril, après tout (cela dit, j'aime bien la messe rock d'Offenbach) ?

Certaines scènes donnent du "western canadien" une image un peu pathétique ; Willie Lamothe entouré de grâces croulantes qui faussent allègrement, des paroles profondes du genre "Quand le soleil sourit aux montagnes", Willie donnant un concert pendant un encan ou chantant "Alouette, gentille alouette" avec un enfant, autour d'un feu... Disons qu'on pourrait recommander le visionnement à un grand dépressif. Les chances de guérison augmenteraient sans doute. Ça et une visite au marché aux puces, rien de mieux pour redonner un sens à votre vie.

Pour une image encore plus décadente et abrasive du chanteur, on se reportera au film de Gilles Carle LA MORT D'UN BÛCHERON, où il incarne un tenancier de cabaret d'un genre assez extravagant.

JE CHANTE À CHEVAL AVEC WILLIE LAMOTHE fut produit par l'ONF, dont le catalogue est moins austère qu'on pourrait le croire à première vue.

12 commentaires:

Clifford Brown a dit...

J'avais bien aimé ce film. D'ailleurs, Lamothe le comédien est toujours cabotin et jouissif. MUSTANG : UN CHEVAL VICIEUX ET MÉCHANT.

Frédérick a dit...

Hélas, je n'ai jamais vu MUSTANG. Tu l'avais, toi ?

Dommage que ce bon vieux Lamothe soit mort. C'était quand même, quand on y pense, tout un univers à lui tout seul...

Buko-san a dit...

Si l'intérêt est encore là, je dois avoir ça qui traîne quelque part....

Frédérick a dit...

MUSTANG, ouais, j'aimerais voir, c'est clair...

Buko-san a dit...

Alors je tenterai de le retracer. Peut-être l'auras-tu pour le weekend ?! Hmmmmm....

Frédérick a dit...

Oh oui ! Je veux chez moi UN CHEVAL VICIEUX ET MÉCHANT qui décoche d'incroyables RUADES SUR TOUT CE QUI L'ENVIRONNE. Je le chevaucherai jusqu'au Coconut Bar où, dans un état de profonde stupeur, je commanderai 5 aku-aku dans des verres colorés en forme de crâne.

Buko-san a dit...

Il a un fabuleux nom dans ce truc: Dick Lachance. Oh yeah !

Frédérick a dit...

Eh oui !

Et finalement, à travers tout le délire qui a caractérisé la fin de semaine, on a complètement oublié ce vieux MUSTANG. Comme quoi on a les valeurs à la bonne place... ou non !

Buko-san a dit...

Je vais bien tomber dessus un jour.... Sinon, il aura droit au transfert de l'original, le torieux.

Frédérick a dit...

Oh, le chanceux !

Les Tontons Scalpeurs a dit...

puis-je m'insérer dans cette passionnante discussion? J'ai vu le film moi aussi et j'aimerais beaucoup mettre la main sur une copie du vidéo et de la bande originale du film.

Merci d'avance Buko-san!

C

Frédérick a dit...

Merci des commentaires !

Pour ma part, je n'ai pas de copie de ce film (je l'avais emprunté à la bibliothèque pour le voir ; il est sûrement disponible à la Grande Bibliothèque, cependant).

Si vous voulez contacter directement l'ami Buko-San, l'idéal est sans doute de le faire directement via son fort sympathique blogue.