01 octobre 2009

Visite guidée de la confiserie musicale

Récemment, le journaliste français Jean-Emmanuel Deluxe (alias Jean-Emmanuel Dubois) a fait paraître, chez le défunt éditeur SCALI, un intéressant volume consacré au « cinéma rock ». Paraissait presque simultanément un autre ouvrage sympathique, Bubblegum et sunshine pop, la confiserie du rock, chez l’éditeur Les Cahiers du Rock (hélas, cet éditeur n’a pas de diffuseur québécois ni canadien. Il faut donc commander le volume d’Europe si on veut l’obtenir chez nous).En une série d’interviews, de commentaires, de suggestions et d’articles, l’ouvrage fait le tour de deux genres à la fois décriés et paradoxalement en voie de reconnaissance, le bubblegum et la sunshine pop. Si j’avoue avoir un faible pour le second (j’y reviendrai), le premier des deux genres a également son charme acidulé. La bubblegum, ce sont des chansons rock légères, un peu absurdes, répétitives, presque infantiles, qui, d’ailleurs, portent bien leur nom. Plaisir coupable s’il en est… Deluxe voit les racines du genre dans la novelty song (dont l’un des exemples serait le Monster Mash – on exploite une idée rigolote, un concept limité dans une chanson au refrain entêtant) : « Chansons aux paroles stupides et répétitives, à base d’onomatopées et d’allitérations [qui abordent] une thématique aussi idiote qu’obsédante », peut-on lire.Un exemple remarquable de ce genre de concept – quoi qu’en version nettement plus « garage » – serait la chanson Surfin’ Bird du groupe américain The Trashmen, formation du début des années 60 dont le look de boyscout contrastait absolument avec le caractère très abrasif de leur chanson emblématique (En 1962, nombre de parents ont réellement dû détester ce « single » démentiel dont les paroles se bornent à répéter que « l’oiseau est un mot » (The Bird is a word). Un épisode de la série animée Family Guy est d’ailleurs centré sur cette chanson, le père Griffin écoutant ce disque jour et nuit, au désespoir de sa famille). Comme l’écrit d’ailleurs Deluxe, la « bubblegum est souvent liée aux personnages de dessins animés et à l’univers enfantin ». Il cite les Archies, Josie and the Pussycats et Banana Splits à titre d’exemple. Un pas de plus vers l’abstraction : de la musique (théoriquement) jouée et interprétée par des personnages en deux dimensions… Plus près de l’univers de ce blogue, on peut mentionner la série télé The Groovie Goolies, étonnant assemblage de segments animés qui était diffusé, quand j’étais tout jeune, sous le titre invraisemblable de Les Croque-Monstres. Époque où les monstres avaient la cote auprès des kids, comme en témoignaient aussi des céréales qui en célébraient le culte ! Les épisodes de The Groovie Goolies, d’une vingtaine de minutes, alignaient les jeux de mots les plus tordus, déclamés avec emphase par des personnages improbables. La série se déroulait dans un château hanté habité par un vampire, un loup-garou, une créature de Frankenstein, un squelette animé, une plante carnivore, une téléphoniste vampirique, une sorcière et bien d’autres personnages du genre. Il n’y avait pas de réelles « histoires », seulement une succession vertigineuse de vignettes prétextes à accumuler des jeux de mots à la fois navrants (au premier degré) et très amusants (au trentième). Chaque épisode mettait en vedette la performance d’un groupe rock farfelu comme The Rolling Headstones ou The Mummies and the Puppies (dont je vous laisse imaginer l’apparence…).Essentiellement un produit de studio, la bubblegum a ce côté gentiment dingue et halluciné qui permet de commencer la journée dans une sorte de… bulle… justement ! Le tout est bien à l’image du nom de l’un des groupes-phares du genre, l’impensable The 1910 Fruitgum Company !

8 commentaires:

Ève-Marie a dit...

J'ai adoré la lecture de ta «visite guidée de la confiserie musicale». Très, très intéressant. Merci d'y avoir mis(comme toujours)de belles photos qui permettent de bien visualiser le tout.Cette lecture m'a fait passer un bon moment.

Frédérick a dit...

Merci pour ce commentaire bien aimable. Pour compenser une température parfois morose, j'ai paré ce blogue de couleurs légères.

claude b. a dit...

Oh, il manque les Franken Berry, les céréales qui, peut-être, ont tracé ma voie.

Frédérick a dit...

Ahaha ! Ça et les "Marabout" !

claude b. a dit...

Sans doute, sans doute, quoique les Marabout n'avaient pas des titres particulièrement gastronomiques. Mais si on cherche bien, les histoires de Jean Ray regorgent de rôtis luisants de jus, de lard rance, de biscuits moisis et de riz éventé.

Frédérick a dit...

En effet ! Entre les Frankenberries et le riz éventé, on voit que tu as aussi fait ton "éducation culinaire" par l'entremise du fantastique !!! De quoi concurrencer les recettes de Grizelda la sorcière !

Gnou L. a dit...

C'est drôle parce que j'ai écouté le 45 tours Surfin Bird pendant toute mon enfance et mon adolescence. Je l'écoute encore
parfois.

C'est du Gauvreau ou du Isidore Isou en musique.

Frédérick a dit...

J'ai aussi connu ce morceau à un âge relativement jeune ; il figurait sur une compilations de chansons absurdes éditée par K-TEL ! J'avais énormément de vinyles étranges glanés je ne sais trop où d'ailleurs...!