01 avril 2009

Ne lisez pas de romans !

Quand je travaillais à ma thèse de doctorat, j'ai lu un grand nombre d'articles, de préfaces et de textes divers écrits au XIXe siècle, au sujet du genre romanesque.

Quelques sources, en vrac, pour vous donner une idée des titres et des périodiques qui accueillaient ces écrits :

[ANONYME], « Terrible résultat de la lecture des mauvais livres », Album des familles, vol. 5, no 3, mars 1880, p. 141-142.

[ANONYME], « Les mauvais livres », Le Foyer domestique, vol. 4, no 71, juillet 1879, p. 338-339.

BÉDARD, [Marie] H[ercule], « La prohibition des livres », Revue canadienne, vol. 29, no 6, juin 1893, p. 341-350.

DESROSIERS, Joseph, « L'Exploitation du crime », Revue canadienne, vol. 29, no 10, octobre 1893, p. 585-590.

FONTAINE, J[oseph] O[ctave], Du mauvais goût dans la littérature canadienne, Québec, des Presses du « Canadien », 1876, 16 p.

FRANC, Louis, « Mauvais Livres et mauvais feuilletons », Revue canadienne, vol. 27, no 4, avril 1891, p. 194-199.

LACASSE, Z., « Le prêtre et les mauvaises lectures », Une nouvelle mine. Le prêtre et ses détracteurs ou le prêtre vengé, Montréal, Imprimerie de l'Étendard, 1892, p. 225-240

LACASSE, Z., « Nos ennemis écrivains », Une quatrième mine. Dans le camp ennemi, Montréal, Librairie St-Joseph, Cadieux & Derome, 1893, p. 93 à 114.

NOISEUX, Henri, « L'action malsaine du roman », Revue canadienne, vol. 25, 1889, p. 63-69.

Ces textes - dont la liste que vous venez de lire est très loin d'être complète - condamnaient le roman pour plusieurs raisons, souvent savoureuses. En voici une jolie synthèse pour vous, en espérant que vous y songiez deux fois, désormais, avant de lire un roman.D'abord, gardez à l'esprit que les mauvais livres sont « la plaie du XIXe siècle » (selon Joseph-Octave Fontaine, 1879) et que « les meilleurs [romans] ne valent pas grand'chose » (selon le "docteur Larue", 1891). Surtout, pensez aux risques qui vous attendent, car voici la liste des effets du roman :

Perte de l'innocence
Dégoût de l'étude sérieuse
Jugement faussé et "intelligence brûlée"
Coeur flétri
Coeur endurci
"On pleure sur des malheurs imaginaires et on ignore les vrais"
Fait aimer le luxe
Rend infidèle
Fait connaître trop tôt les duretés de la vie aux enfants
Montre la débauche
Rend moins pieux
Fait délaisser "les occupations graves et utiles"
Rend moins doux
Rend moins obéissant
Rend moins gai
Entraîne des habitudes coupables
Rend morose
Rend inquiet
Détruit la famille
Rend moins intelligent
Fait perdre l'honneur
Fait perdre la modestie
Trop d'idéalisation fait en sorte qu'on ne supporte plus la vie réelle
Rend moins patriote
"Arme le bras de l'assassin"
Laisse entrer l'argot
Laisse entrer les vices
Laisse entrer le crimeCar :

Les romans mêlent vérité et mensonge
Il y a beaucoup de mauvais livres
Il y a peu de bons livres (logique, vu l'affirmation précédente)
Les livres sont le fléau du 19e siècle
Les romans/dime novels rendent fou
Tout le monde lit les mauvais livres, mais tous les romans ne valent rien

Mais, au moins, cette affirmation réconfortera le lectorat masculin : selon une idée répandue à l'époque, les mauvais livres ravagent plus les femmes que les hommes.

11 commentaires:

MEDUSA FANZINE a dit...

toujours la même rengaine quand il s'agit de blâmer un genre !
Plus d'un siècle après, ces conseils n'en sont que plus "savoureux" !

Frédérick a dit...

Merci du commentaire ! J'ignorais que tu lisais ce blogue, ce qui est bien agréable à savoir.

Flash Gordon a dit...

Enfin! La vérité est de retour sur la place publique. Tout ça me semble évident. Au bûcher les romans!

François-Bernard Tremblay a dit...

Allo Frédérick!

et il faudrait ajouter à ta liste les avant-propos à Pour la patrie de Tardivel, Jean-Rivard, défricheur de Gérin-Lajoie et même celle de l'Influence d'un livre d'Aubert de Gaspé, fils.


Que de souvenirs...!
bye

FB

Anonyme a dit...

Z. Lacasse = Zacharie.

J'ai quelques "Mines" chez nous...

Stef.

PS: grosse recherche, tu rockes.

Frédérick a dit...

Merci à tous pour vos commentaires.

- À Flash Gordon qui connaît bien des vérités (allez lire son blogue souvent très drôle pour le constater).

- À François-Bernard : oui, Tardivel et les autres sont des incontournables, c'est d'ailleurs pour cela que je voulais préciser que la liste était loin d'être exhaustive ! Mais merci de ces références ! Content d'avoir de tes nouvelles, je pense à toi chaque fois que je vois un G.-J. Arnaud (oui, oui !).

- À Stef : je rocke constamment, tu l'as dit ! Le père Lacasse était un cas auquel il conviendrait de vouer une monographie, un de ces jours. Il y en aurait long à dire à son sujet !

Ève-Marie a dit...

J'adore la liste! J'ai eu le fou rire en la lisant. Ça fait du bien (après-midi très gris-souris).

Peut-être ont-ils raison...les femmes seraient plus touchées que les hommes et mon fou rire est le signe d'une démence prochaine???

Anonyme a dit...

Liste plaisante qui me rappelle la tirade de l'Eveque de Bedford (Louis Jouvet) au début du film 'Drole de drame' : "Ils lisent les mauvais livres écrits avec la mauvaise encre des mauvaises pensées".
herve_bleiz

Frédérick a dit...

Cette question de la censure est toujours fascinante. Il existe un ouvrage - dont la lecture est très étonnante de nos jours - intitulé ROMANS À LIRE ET ROMANS À PROSCRIRE, qui, je crois, était signé par l'abbé Bethléem. Il classait les auteurs par catégories. Je me rappelle qu'il détestait particulièrement Émile Zola, au sujet duquel il disait quelque chose du genre : "Il aurait mieux valu qu'il ne naisse jamais"...

Merci à vous deux, avec une pensée affectueuse pour ma petite soeur Ève-Marie.

Damien a dit...

C'est "marrant", ce qu'on reprochait au roman à cette époque, on l'a reproché ensuite au cinéma lorsqu'il a commencé à devenir un divertissement populaire, et à présent on voit resurgir à peu près les mêmes peurs, doublées des mêmes critiques, au sujet d'Internet et des nouveaux médias. Comme quoi la censure est un fléau immortel!

Frédérick a dit...

Oui, on l'a aussi reproché au théâtre, à la bande dessinée et à quoi d'autre encore !

Certaines des critiques qui figuraient dans les recueils annuels de l'Office Catholique du Cinéma et de l'Office des Communications Sociales sont précieuses ! On y découvre avec une jubilation grinçante les commentaires outrés de critiques religieux qui devaient (?), "dans le cadre de leurs fonctions" et pour mieux guider leurs ouailles, aller voir des films comme LES AMAZONES DE LA LUXURE ou autres TRAQUENARDS ÉROTIQUES ! Je ne peux m'empêcher, à la lecture de leurs notules incendiaires, d'imaginer le brave ecclésiastique assis dans la salle avant que LES DÉSAXÉES commence, par exemple. À quoi pouvait-il bien penser ? Les débats sont ouverts !