04 décembre 2007

REEFER MADNESS

Après vous avoir parlé d'un film anti-drogue des années 30, MARIHUANA, j'ai décidé de persévérer dans cette voie enfumée en vous offrant aujourd'hui de découvrir un classique du genre, j'ai nommé REEFER MADNESS de Louis J. Garnier (1936). Suivons donc la chute mélodramatique d'un jeune homme de bonne famille, épris d'une étudiante modèle. Le frère de celle-ci succombe hélas aux invitations du bellâtre Ralph, qui fréquente un vendeur de drogue. Après divers intermèdes charmants (exacerbations érotiques, conduite dangereuse, etc.), il faut faire place à la tragédie... Comme dans la vie. À bien y penser, REEFER MADNESS est un constat lucide sur l'existence humaine et ses aléas !

1936 n'est guère une année qu'on associe au psychédélisme... Décalage, décalage !

Encore une fois, la leçon morale de REEFER MADNESS n'est qu'un prétexte pour cinéaste en mal d'exploitation : la prétendue mission "éducative" permettait de montrer à l'écran des images de dépravation, de meurtre et de folie. Sombrons donc avec les protagonistes au sein de déviances inavouables, et puisque la drogue sert de bouc-émissaire, rejetons toute responsabilité.Berné par l'argument type ("il faut faire peur au public en lui montrant des images fortes qui lui fera fuir la drogue et ses ravages"), le comité de censure américain fermera les yeux.

L'autre aspect, c'est celui des Roadshows : tel un cirque, une petite troupe circule de ville en ville, s'arrangeant avec les propriétaires de salles pour des projections improvisées pendant lesquelles ils vendent des livres d'information au contenu plus ou moins rigoureux, etc.Reefer Madness prône la thèse risible d'après laquelle la marijuana, en plus de créer une très forte dépendance, conduit au meurtre, à la démence, et à des actes d'une violence grave. On ne regardera donc pas ce film dans le but d'obtenir une information sérieuse et valable sur le sujet, mais plus comme un témoignage historique signalant hélas la désinformation tolérée (voire valorisée) par les autorités américaines de l'époque, dans le but de parvenir à inculquer une certaine idéologie auprès de la population.Dans le même style, MARIHUANA est certainement plus amusant, mais REEFER MADNESS demeure un classique psychotronique qui se laisse regarder avec un certain sourire, vu ses outrances : il faut voir, à titre d'exemple, ce pianiste déchaîné qui joue d'un air halluciné après avoir trop fumé…! Le public a dû être traumatisé - tant d'années de leçons de piano pour en arriver là !

10 commentaires:

Anonyme a dit...

Tu ferais un excellent chroniqueur psychotronique, je t'invite à postuler le plus tôt possible : ne reste qu'à trouver le réalisateur, j'ai ma petite idée à ce sujet.

Ton CB...

Frédérick a dit...

Affaire à suivre ! Je saurais sans doute, inlassablement, semaine après semaine, présenter et dénicher des curiosités savoureuses, du Québec ou d'ailleurs...

Mon ami français Christophe Bier en fait autant avec des capsules hebdomadaires présentées sur France Culture.

Mais ton message recèle une part de mystère...!

Anatole le farfadet a dit...

Excellent choix de sujets pour ton Blog. Si je puis me permettre 1ou2 suggestions, tu devrais peut-être jeter un coup d'oeil aux toiles du peintre/auteur Arthur Guindon. Il a transcris des légendes amérindiennes (dans les années 20) et les a illustrés par moment de façon quasi psychédélique.

Et parlant des indiens, le film "Le festin des morts" 1965 de Fernand Dansereau est un peu dans la veine étranges

Frédérick a dit...

Merci de ces suggestions, Farfadet. J'en tiendrai assurément compte. Le film de Dansereau est-il disponible ?

Bravo encore pour ton excellent blogue.

Anatole le farfadet a dit...

Le film Astataïon ou Le festin des morts, de Fernand Dansereau est un film de L'ONF. A Montreal il est disponible à la boite noire, à la Cinérobotheque et à la grande bibliotheque je crois. Si tu n'habites pas Montréal, essayes par ta bibliothèque municipale.

Frédérick a dit...

Si c'est un film ONF, je devrais pouvoir le trouver facilement. L'ONF a souvent produit des films étonnants, qui demeurent méconnus, d'ailleurs.

Anatole le farfadet a dit...

C'est drôle je parlais justement de ça avec un ami Blogueur, l'autre jour. Les voûtes de l'ONF sont effectivement rempli de courts métrages Psyquébélique. J'ai passé l'époque 1967-1976 au peigne à l'aide de leur catalogue. Pendant des semaines j'ai loué de leurs VHS. Et muni d'une carte de capture vidéo sur mon ordi, j'ai enregistré pour 7-8 DVD pleins de matériels que j'ai ensuite classé par thèmes (ex: Transe, Géométrique, Social, Collage...).
C'est vraiment comme une caverne d'Ali Baba dont tout le monde ignore l'existence !

Frédérick a dit...

Pour beaucoup de personnes, l'ONF produit des documentaires "ennuyeux" sur des sujets du terroir très pointus. La vérité est loin de là, puisque l'organisme en question a des visées assez larges. Le premier Jean Baudin, STOP, vit le jour sous les auspices de l'ONF, et on accusa l'organisme d'avoir financé un "film érotique".
L'ONF accueilla aussi le premier film de fiction de Gilles Carle.

Tes compilations DVD doivent en effet être quelque chose !

Anatole le farfadet a dit...

En fait le premier de Jean Beaudin date de 1969 et nommé Vertige ? Je connais pas STOP, le site de l'ONF dit 1971. Je vais surement aller le louer. J'ai juste "Vertige" dans ma collection, assez expérimental... pas vraiment d'histoire, beaucoup d'effets sonores et visuels. C'est comme un délire de LSD filmé. Finalement c'est comme la suite de "Reefer Madness" 30ans plus tard.

http://www.onf.ca/collection/films/fiche/?id=324

Frédérick a dit...

Ça promet !

Dans le registre Québec insolite, il y a aussi LE GRAND ROCK, le premier "polar" québécois, produit aussi par l'ONF. Une histoire qui aurait pu durer 180 minutes ramenées en 65 ou 70 minutes, avec, peut-être, quelques grooves jazzy, mais je n'en suis plus sûr... Je tâcherai de poster quelque chose ici à ce sujet, sans doute au début de 2008.